Echange avec David Glouin

Un coup de cœur un peu spécial.
Suite à mon post sur le festival Open’Air de Guérande, ou je parlais de deux groupes locaux (La Belle Bleue et Milena Folkk) à retrouve ici :

J’ai finis par envoyer un mail et l’ami David Glouin, qui officie chez La Belle Bleue (mais pas que), m’a fait la gentillesse répondre à mes quelques questions.

Alors je suis désolé mais je n’ai plus les questions:
De mémoire :

  • Depuis combien de temps fais tu du didgeridoo?
  • Comment as tu connu l’instrument?
  • Dans quel didgeridoo souffles tu ? Pourquoi ce modèle?
  • Comment le choix de jouer du didgeridoo au sein de La Belle Bleue est arrivé?
  • Est ce que les textes à tendance « environnementaliste » sont dus au faite d’avoir un joueur de didg dans le groupe?
  • Comment le public a réagit?

Je vous copie-colle sa réponse depuis mes mails. Ma seule modification est le rajout de clips à chaque nom de groupe cité.

Mais avant un petit rappel de ce joue La Belle Bleue:


Salut Karl,

Je suis David Gouin - GLAÖ, c’est moi qui joue le didgeridoo dans la Belle Bleue…

Merci d’avoir pensé à venir échanger avec moi sur ce sujet !

J’ai suivi la progression de Gauthier et de la wakademy car je suis de la même génération de joueur que lui, d’ailleurs on s’est déjà rencontré il y’a une quinzaine d’année au festival du « rêve de l’aborigène » alors que nous sortions respectivement notre 1er album…

J’avais également été sollicité pour répondre à des questions par son ami médecin qui travail avec lui sur le projet, je n’avais pas pris le temps d’y répondre mais je suis intéressé par cette démarche moi aussi depuis pas mal d’année et au-delà des questions que tu me poses il y’a des sujets sur lesquels j’aurais des choses à entretenir si mon expérience peut servir à d’autres joueurs…

Au passage bravo à eux pour leur démarche et leur persévérance dans ce domaine.

Le fait que ta requête soit plus personnelle m’incite à faire un effort de confidence, n’ayant jamais vraiment été reconnu comme faisant parti du « cercle des intimes » du didgeridoo ou d’une quelconque communauté, je te suis reconnaissant de t’intéresser à mon travail, car le didgeridoo est non seulement mon instrument de prédilection mais également le fer de lance de ma démarche artistique, et un des outils majeur ayant permis ma professionnalisation dans la musique.

Cet instrument a changer ma vie pour être honnête, m’a aidé à trouver du sens, et a permis un nombre incalculable de rencontre ; tu n’imagines pas le nombre de personnes que j’ai rencontré grâce au didgeridoo ou qui m’ont demandé : qu’est-ce que c’est comme instrument ?

Tu me fais pensé que j’ai dû faire connaître le didgeridoo à des milliers de personnes et je crois même en avoir converti quelqu’uns à la pratique :slight_smile:

Je mentionne d’ailleurs la wakademy et Gauthier quand il m’arrive d’esquiver les questions sur l’apprentissage du didgeridoo :slight_smile:

Pour répondre à tes questions j’ai commencé le didgeridoo il y a 20 ans cette année (2019) dans le village de mon enfance, entre La Baule et Guérande dans un endroit magique où nous aimions aller jouer de la musique autour du feu… J’avais déjà joué dans des formations musicales en tant que guitariste/chanteur, percussionniste et je commençais déjà à m’essayer sur des compositions electro-acoustiques avec des boites à rythme et un enregistreur cassette multi-piste, quand le son du didgeridoo a résonner pour la 1ere fois dans mes oreilles.

Il n’y avait pas encore internet et personne ne connaissait l’existence de cet instrument quand j’ai vu des copains du quartier s’exercer dans ce coin de forêt près du feu avec des didg en PVC sur lesquels ils avaient improvisé une embouchure en rond de serviette et accroché quelques plumes d’indiens :slight_smile:

On a tous voulu essayer tellement nous étions intrigué par cette vibration caverneuse et primitive…

On peut dire que j’ai senti le courant passer instantanément et je me suis vite acharné à travailler pour trouver le bourdon et progresser sur le son. J’ai d’abord fabriqué mon propre didgeridoo en PVC pour quelques francs avant d’en fabriquer un en bambou.

Pour mes 18 ans (en 2000) mon père et mon frère mon offert mon 1er didgeridoo traditionnel, en eucalyptus, voyant que j’avais une passion pour cet instrument et une réelle envie d’apprendre à le maîtriser.

Quelques années plus tôt j’avais aperçu une boutique Australienne qui vendaient des boomerang et des didgeridoo alors que nous revenions de vacances à Amsterdam en famille, ça m’avait rendu dingue de voir autant de pièce de bois si sublime, mais nous devions nous rendre à l’hôtel et mes parents m’avaient promis que nous repasserions le lendemain.

C’est ce que nous avons fait mais le shop était fermé…

Mon frère et mon père m’ont donc fait la surprise de traverser la France et de retourner en Belgique dans ce shop de didg pour me l’acheter un an plus tard, un super didgeridoo en do# que j’ai toujours, même si les peintures aborigènes ce sont presque entièrement effacées avec le temps.

*Le Didgeridoo était fourni avec une simple feuille sur laquelle était expliqué comment jouer le son de base : le bourdon, et bien sûr la fameuse « respiration circulaire ». *

Ils m’avaient également pris 2 cds pour m’aider dans l’apprentissage, un de David Hudson et un de Outback, que j’ai écouté religieusement des tonnes de fois, et sur lesquels je superposais mon jeu.


Puis par la suite Charlie Mc Mahon et Philippe Peris ont complété ma discographie.


J’ai ensuite écouté et rencontré des groupes comme Kaophonic Tribu, Narayana, et autres gars de ma génération qui avaient eux aussi été envoûté par les esprits du didgeridoo.


J’avais intégré le didgeridoo dans mon groupe Moaï, aux influences rock-reggae-fusion, avec Antoine mon ami bassiste de La Belle Bleue et Brice mon binôme actuel dans GLAÖ.

J’avais alors une vingtaine d’années et le fait de jouer du didgeridoo m’a poussé à mieux connaître l’histoire des aborigènes, et de même que beaucoup de jeunes j’ai été frappé d’apprendre les massacres et les injustices que ce peuple a subi, j’ai eu envie d’en parler et j’ai fait quelques interventions dans des écoles et des lycées pour aborder le sujet, j’en touchais toujours un mot lors des concerts aussi.

*J’ai tout de suite voulu que le didgeridoo ait une place dans ma musique, presque guidé par un devoir de mémoire, comme si le fait d’intégrer ce son ancestral à mes compositions était une manière de dire : « Vous avez voulu éradiquer une culture, un peuple, rendre muet leur mode d’expression, et bien voyez comme cette vibration ancestrale vous revient tel un boomerang, métamorphosée, infinie, muée dans la culture française et dans les sonorités d’aujourd’hui, renforcée par son voyage autour du globe, immortelle ». *

Ce qui m’amène à ton autre question… Je vais essayer de ne pas trop dévier afin de rester dans l’esprit qui t’as poussé à venir nous interroger, à savoir « le didgeridoo dans La Belle Bleue » ; c’est difficile pour moi de bien faire comprendre le choix d’intégrer le didgeridoo dans le groupe sans t’expliquer avant ce qui me motive à jouer du didgeridoo, que ce soit avec GLAÖ, Secret Vibes, La Belle Bleue etc… la démarche artistique n’est pas la même mais le fond est souvent guidé par la même énergie.


Tu parlais d’environnement et des thèmes abordés dans les textes des chansons de La Belle Bleue, en effet tu as vu juste sur le fait que le Didgeridoo est présent sur des morceaux qui questionnent notre place dans la nature (Dernier humain, Le Bon vieux temps), notre rapport aux éléments qui nous entourent (Passager/L’Orage) ou encore notre besoin de nous reconnecter à notre Être Sensible, tant la société tente de nous formater à ses desseins les plus vil(ain)s (Avale).

*Je ne vais pas énumérer les interventions du Didgeridoo dans chaque chanson ni trop intellectualiser sa présence sur les morceaux, il faudrait rentrer dans une étude de texte, préciser les intentions… D’une part je ne suis pas auteur dans La Belle Bleue et d’autres part nous aimons que le public se fasse sa propre interprétation et son propre ressenti ; et je dois bien avouer qu’il y a une part d’inconscient et que je décide de jouer du didgeridoo quand « Ça me parle » (ou quand je sens que le didgeridoo à envie de s’exprimer :)) *

Il arrive aussi que la construction harmonique du morceau ne se prête pas à intégrer le didgeridoo, au delà du sens du texte qui parfois me donne envie d’en jouer, il y a les codes de la chanson rock française qui m’arrête, je ne veux pas « caler du didgeridoo » à tout prix, ou modifier la structure d’un morceau, efficace dans sa forme de base, pour ouvrir sur une plage de didg.

*Le public est demandeur et ça me donne souvent envie d’en jouer plus, surtout en live, mais nous sommes plusieurs dans le groupe donc je l’assaisonne au goût de chacun, je veux que ça reste intuitif et bienveillant et pas nécessairement une marque de fabrique du groupe, même si j’ai conscience que l’idée de combiner le didgeridoo à de la chanson française donne une touche originale à La Belle Bleue. *

*Le son du didg peut être clivant et c’est déjà une chance de pouvoir le faire découvrir à autant de monde sur des festivals ou les gens ne sont pas du tout adeptes ou connaisseurs, bien sûr que ça a été un défi au début mais je continue de m’y consacrer pleinement pour les raisons que j’évoquais précédemment. *

Je suis heureux de constater grâce aux nouvelles technologies notamment, qu’il y a de plus en plus de monde connecté autour du Didgeridoo, et ce aux quatres coins de la planète.

*Enfin j’ai omis de répondre à ta question sur le choix de l’instrument et du modèle utilisé ; je sais qu’il y a de nombreux fabricants très talentueux, très respectueux de l’origine de l’instrument, et que le débat est rude sur le bon choix à faire quand on veut s’y mettre. *

Pour moi c’est assez simple, après avoir fait pas mal de concert avec mon Euca en do#, j’ai entendu parler, par un fan de La Belle Bleue, qu’un modèle de didgeridoo à coulisse en bois massif existait, permettant notamment de jouer plusieurs notes.

Je t’épargne l’intérêt évident que ça avait pour moi en tant que musicien cherchant à diversifier les possibilités de combinaisons avec d’autres instruments et être en mesure d’ajuster la bonne tonalité.

N’ayant pas beaucoup d’argent j’avais refoulé ce désir de chercher à me le procurer tout en faisant germer cette idée au fond de ma caboche.

Et puis j’ai rencontré son fabriquant, Jean-Yves Redor (Mr Woodslide, le Atori Enzo du didgeridoo comme je l’appelle en plaisantant), par hasard, au festival du rêve de l’aborigène, l’année ou j’ai rencontré Gauthier, en 2006 si mes souvenirs sont bons.

D’ailleurs je me souviens à l’époque que J.Y. m’avait présenter Gauthier comme « l’un des meilleurs joueurs de didg », ça lui fera sans doute plaisir si tu as l’occasion de lui dire… Même si pour être franc j’étais rester dubitatif (et je le suis encore) devant la subjectivité d’une telle affirmation… Une chose est sûr, le temps a prouvé qu’outre ses qualités techniques indéniables, il s’est battu pour être l’un des plus fervents porte parole du didgeridoo, et je lui témoigne beaucoup de respect pour ça !

J’ai donc essayé le Woodslide, le tout 1er modèle de Jean-Yves, qui avant d’offrir la possibilité de jouer toute la gamme chromatique, comme c’est le cas aujourd’hui, couvrait du sol au do#.

Je l’ai toujours aujourd’hui et j’ai tout de suite senti que c’est ce qui me convenais, j’ai voulu connaître son histoire, son essence et j’ai fini par devenir ami avec Jean-Yves et sa famille, de vrais petits aborigènes gaulois :sunny: et je suis fier de voir que le modèle qu’il a créé s’exporte aujourd’hui au Japon, en Chine, en Australie, aux États-Unis etc…

Vous souhaitant chaleureusement bon souffle.

A bientôt,

David

Et voilà c’est finit, faut que tu ailles lire un autre post maintenant ou faire du didgeridoo :grin:!!!

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