Peintures et contes


J’ouvre ici, un nouveau post, pour partager avec vous quelques peintures et contes aborigènes.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez et enrichir le post avec vos propres peintures et contes.
Merci à vous.

Je commence par un conte, que je viens de publier dans un autre post. J’imagine que tout le monde le connaît :


L’enfant et le Didgeridoo

On raconte qu’au temps du rêve, le ciel était tellement bas, que les crocodiles avaient mangé les étoiles.

Un petit garçon rampe donc sur la terre de ses ancêtres, au milieu du Bush pour trouver de quoi se nourrir : ici, quelques graines, là quelques insectes juteux.

C’est au bout de quelques heures de recherche qu’il tomba sur un morceau de bois. Un long morceau de bois.

Il eut l’idée de le poser sur le sol et de le lever jusqu’à toucher le ciel. Il poussa de toutes ses forces, si bien que le ciel fut repoussé de quelques mètres.

L’enfant pu ainsi se lever, et se mettre debout. Avec lui la nature se leva, les petits wallabys purent se redresser, les plantes purent elles aussi se développer. On vit même quelques rochers sortir de terre.

L’enfant tout content de son exploit, se dit qu’il devait continuer. Il monta sur ces nouveaux rochers et poussa encore le ciel de toutes ses forces, à l’aide de son morceau de bois.

Et le ciel recula encore.

Bientôt c’est un arbre qu’on vit apparaître. Les kangourous, à leur tour purent se redresser et même sauter.

L’enfant descendit de son rocher pour monter tout en haut de l’arbre.
Il poussa et poussa le ciel de toutes ses forces grâce à son morceau de bois.

Et le ciel recula de nouveau.

Ce sont les oiseaux que l’on vit apparaître !!! Ainsi qu’une montagne.
L’enfant descendit de son arbre et entreprit d’escalader la montagne.
Ce fut long et fatiguant. Cela lui prit plusieurs semaines.

Une fois arrivé en haut il réitéra et poussa, poussa, poussa très fort le ciel, grâce à son morceau de bois.

Et le ciel recula si loin que cette fois, l’enfant se dit que ça serait suffisant.

Fatigué pour cette longue aventure, il s’assit et observa de plus prêt le morceau de bois qu’il l’avait accompagné durant son long périple.
Il était creux ou presque… Il entreprit donc de souffler dedans et quelle de ne fut pas sa surprise quand il vit des d’insectes en sortir. Les termites s’envolèrent loin jusqu’à se coller sur la toile noir de la nuit. Des millions d’étoiles illuminaient maintenant la terre.

Mais plus encore c’est le son qui sortit de ce morceau de bois, maintenant creux qu’il l’interrogea. C’était le premier bourdon du temps du rêve.

L’enfant compris assez vite les possibilités qui s’ouvraient à lui grâce au Didgeridoo .
Il descendit de sa montagne et se hâta de retrouver les siens afin de leur raconter, de leur transmettre. Si bien que si un jour, le ciel, ensorcelé par le serpent arc en ciel, venait de nouveau à descendre sur terre, le peuple premier saurait comment le repousser.

Fin

3 J'aimes

C’est un très beau conte, Karl. :slight_smile:

Une très bonne idée d’avoir crée ce post qui pourra vivre avec de nouveaux contes, et peintures. :+1::+1:

Merci à toi Élisabeth

Elisabeth a écrit exactement ce que je pensais.
Merci à toi pour cette bonne idée.

Merci à toi également Patrick.
J’ai encore une ou deux peintures pour vous ainsi que deux contes.
N’hesite pas à me donner ton avis.

1 J'aime


Très ancienne peinture sur écorce provenant de la Terre d’Arnhem, au musée de l’Homme à Paris, représentant un Kangourou

Un autre Conte

« En ce Temps du Rêve, les Aborigènes d’Australie étaient gouvernés par les Désirs-du-Cœur, et toute chose était neuve à chaque instant.
Les hommes et les femmes pouvaient changer de corps avec les Choses-de-ce-Monde !
Le kangourou pouvait devenir eucalyptus, l’homme pouvait devenir émeu ou kangourou ou wombat, ou même papillon.

La femme pouvait s’habiller de la cascade, revêtir l’habit du vent et l’homme celui de la montagne. Et ils se caressaient alors de toute autre manière. L’amour prenait ainsi par eux mille formes. Comme les hommes et les choses pouvaient changer de chemise les uns avec les autres, ils pouvaient se parler, se comprendre, et même avoir des petits ensemble ! Ainsi n’y avait-il aucune jalousie, ni conflit, ni guerre…

Si tout le monde pouvait changer de corps, c’est que l’homme n’était pas gouverné par son corps, mais par son cœur, et même pourrait-on dire par le Cœur de son cœur…

C’était le Temps du Rêve, le Temps du Bonheur-des-Choses, le Temps de la Joie-de-Vivre !

En ce temps-là, une très vieille femme vivait dans le Bush, au sein de sa tribu. Elle était née il y avait bien longtemps, bien longtemps, au tout début du Temps du Rêve. Elle avait vu progressivement, toutes les dernières années de sa longue vie, avec une grande tristesse, la noirceur envahir le corps des hommes. Au point que cette noirceur fit de plus en plus peur aux Cœurs-des-Choses et que ceux-ci s’enfouirent de plus en plus profondément, laissant le commandement au corps de l’homme.

Elle sut, cette très vieille femme, que le Temps du Malheur-de-l’Homme allait venir…
Alors, alors… le kangourou ne voudrait plus prêter sa chemise à l’arbre… Il commencerait même à lui ronger l’écorce !
Alors, alors… la cascade ne voudrait plus habiller la femme… Parfois même, elle lui noierait ses enfants !
Alors, alors… l’émeu et le vent ne voudraient plus échanger l’apparence de leurs formes !
Seul le papillon aurait un peu moins peur… Il prendrait encore parfois le corps de la chenille !
Le corps et ses besoins étoufferaient de plus en plus l’homme et prendraient la place du Cœur et de ses désirs !

La vieille femme sut qu’avec elle le Temps du Rêve, le Temps de la-Joie-des-Choses, le Temps de la Joie-de-Vivre allait disparaître pour de longs siècles. Elle décida de léguer aux membres de sa tribu quelque chose qui leur rappellerait le Temps du Rêve.
Elle partit un soir dans la brousse, s’appuyant péniblement sur la forte branche d’eucalyptus qui l’aidait à marcher. Lorsqu’elle fut au cœur du désert, elle s’allongea auprès de son bâton et prit la forme d’une termitière. Aussitôt, une multitude de petits termites vinrent et se mirent à creuser la branche avec diligence.

Au lever du soleil, lorsqu’elle reprit forme humaine, elle vit que le long bâton noueux était percé de part en part. Elle revêtit alors l’habit du vent et se mit à souffler si fort dans le bâton creusé que celui-ci se mit à mugir, produisant des sonorités étranges qui se multipliaient dans des harmoniques jamais encore entendues sur cette terre. Elles résonnèrent si loin dans le désert que tous les membres de la tribu, très intrigués, accoururent sur les lieux.

La vieille femme savait qu’elle serait la dernière à pouvoir emprunter la chemise du vent. Elle enseigna donc aux membres de sa tribu comment faire circuler l’air dans leurs poumons et leurs bouches pour que les sonorités émises en soufflant dans ce bâton creusé ne s’interrompent jamais.

Ainsi est né le yidaki. Il rappelle à l’homme l’ancien Temps du Rêve où les formes n’étaient pas figées, le temps où l’homme pouvait changer de chemise avec le kangourou, le temps où il pouvait prendre l’apparence de l’arbre, ou de la cascade, ou de n’importe quel animal qui correspondait au Désir-de-son-Cœur.

Alors maintenant, fermez les yeux et écoutez. Souvenez-vous du temps du Rêve. Chaque fois que vous entendrez les sonorités du yidaki (didgeridoo), vous saurez qu’il annonce le retour des temps anciens, du Temps du Bonheur-des-Choses, du Temps de la Joie-de-Vivre. Comme jadis, le temps reviendra où l’homme obéira non plus aux désirs de son corps, aux désirs de sa tête mais à ce qui monte du tréfonds de son être, le Cœur du cœur de son cœur. »

Extrait de : Régor (Robert Mougeot), Contes qui coulent de Source, Editions EDIRU, 2006.

3 J'aimes

Superbe conte. Merci à toi Élisabeth

1 J'aime

Le forum va devenir un vrai musée du bonheur!
Grâce à Karl qui a pris l’initiative de Peintures et Contes et à Elisabeth qui y apporte une contribution bien appréciée.

1 J'aime

C’est difficile de faire une suite après le conte très poétique d’Elisabeth.
Voici une histoire que j’ai traduite d’un petit recueil “The Dreamtime Stories” ainsi que l’illustration qui l’accompagne.

L’oiseau chantant

Il y a très très longtemps, au temps des “anciens”, vivait un esprit qui n’était ni bon ni méchant mais manquait juste un peu de bon sens.
Un jour, alors qu’il traversait une région, il entendit le plus merveilleux des sons qui provenait d’une forêt. Il y pénétra et là, perché sur la plus haute branche d’un arbre, il vit un magnifique oiseau qui chantait la tête pointée vers le ciel.
Le chant joyeux emplit tellement le cœur de l’esprit qu’il jeta un sort sur l’oiseau et le ramena dans son pays afin qu’il chanta pour lui seul.
Le matin suivant, l’esprit se réveilla en espérant entendre le chant joyeux de l’oiseau, mais il n’entendit qu’un petit gazouillis plaintif. Il chercha dans le haut des arbres et vit l’oiseau perché sur la branche d’un arbre mort qui regardait vers l’horizon.
Il fronça les sourcils et appela : “oiseau! Pourquoi ne chantes-tu as ?”
“Parce qu’il n’y a aucune raison pour que je chante” répondit l’oiseau.
“Bien sûr que si, il y en a” dit l’esprit, “c’est une belle journée.”
“Mais je suis très triste” dit l’oiseau.
“Alors tu devrais chanter. Cela te rendra joyeux”, dit l’esprit.
“Ne comprends-tu pas ?” demanda l’oiseau, “il faut être joyeux pour pouvoir chanter.”
“Tu es un oiseau ingrat” dit l’esprit, j’ai créé un belle forêt avec un très grand arbre sur lequel tu peux te percher. N’est-ce pas gentil ?"
" Oui, certainement" dit l’oiseau, “mais ce n’est pas ma forêt, et ce n’est pas mon arbre.”
Alors l’esprit réalisa que l’oiseau avait le mal du pays. “très bien” dit-il, “si je te laisse partir, chanteras-tu pour moi seul ?”
“Je ne peux pas faire ça” dit l’oiseau, “mon chant est pour tout le monde.”
L’esprit considéra cela pendant un moment et hocha la tête. “très bien” dit-il à contrecœur, “je préfère venir dans ta forêt pour écouter ton chant plutôt que de ne pas t’entendre chanter du tout, alors va-y, envole toi!”

3 J'aimes

Merci pour ce joli partage.

Très belles histoires, merci pour ce partage très inspirant et poétique :slight_smile:
J’aime beaucoup celle ou chacun peut devenir ce qu’il veut, à mes yeux ca reflète beaucoup le didgeridoo car chaque jeu est propre a chacun et peut devenir le jeu que l’on souhaite.

Un très beau conte philosophique, Christophe. Merci. :grinning:

Chose promise, chose due. Je viens de lire ton conte Christophe. Il est magnifique. Maneck a adoré. :wink:

image

Le petit sorcier de la pluie:

Quand il vint au monde, ce bébé était si petit et si remuant que Kuyu-ma, sa maman, pensa l’appeler Fleur-qui-danse. Son papa, l’homme-médecine, le cueillit dans les bras de maman et dit : « Ce joli garçon a des yeux de rêveur, des yeux en forme de croissants brillants comme l’astre de la nuit. Si on le nommait plutôt Rêve-de-lune ? »

Maman Kuyu-ma et Papa Papunya discutèrent longtemps. Ils n’arrivaient pas à se décider.

Dès que le garçon eut l’âge de marcher, il voulut aller trop vite. Il courait et tombait. Il s’amusait à escalader le dos de l’émeu et dégringolait. Les femmes du clan répétaient : « Le fils de Kuyu-ma et de Papunya tombe toujours sans prévenir. Il est comme la pluie. »
C’est ainsi que les gens-qui-chassent-dans-le-pays finirent par appeler l’enfant : Petite Pluie. Si bien qu’un soir, ses parents lui dirent :

« Dors bien, Petite Pluie. Ne tombe pas du nuage de tes rêves. »

Quand il commença à comprendre les mots, Petite Pluie fut très content de porter ce nom-là. La pluie, dans ce pays, est la bienvenue. Sans elle, rien ne pousse. Sans elle, rien ne vit.

Or, cette année-là, la pluie ne venait pas. Une grande sécheresse sévissait. Les chiens dingos aboyaient au soleil. Les gens du clan passaient des heures à regarder le ciel. Mais pas un nuage ne se montrait.

Une vieille dame vint alors trouver le papa de Petite Pluie.

« Homme-médecine, toi qui guéris nos maladies, peux-tu t’occuper du mal qui empêche la pluie ? Le soleil a de la fièvre, soigne-le. Qu’il puisse se toucher, se reposer et que les nuages pleuvent. »

« Je n’ai pas de remède pour ça », répondit Papunya.
« Moi, j’en ai un, s’écria Japayardi, celui-qui-rêve-toujours-de-fantômes. Je vais faire tomber la pluie. »

Japayardi montra un bout de bois attaché à une corde et dit :

Ce bois-là, quand il tourne dans l’air, fait revenir l’esprit de mon grand-père du pays-de-ceux-qui-ne-sont-plus-là. Mon grand-père était un faiseur de pluie. En rêve, il nous rejoindra et fera pleuvoir. »

Rhombe ! Rhombe ! Rhombe ! fit le bout de bois en tournant.
Pluie se blottit contre sa maman. Il avait peur des fantômes. Mais rien ne se passa.

« Arrête, Japayardi, dit Papunya, ton ancêtre dort trop profondément au pays-de-ceux-qui-ne-sont-plus-là. »

Les frères N’a-qu’un-œil arrivèrent, couverts de peintures de guerre.

« Un œil chacun, mais à deux, nous voyons tout. Nous, grands sorciers, amis du dieu Nqua, nous allons chasser le soleil avec nos tambours ! »

Ils se mirent à jouer si fort que la terre trembla. Petite Pluie se boucha les oreilles, mais dans sa tête, le bruit continuait à faire des Boum ! des Bam ! des Ho !

La musique était vraiment magique.

Le soleil le savait, mais il ne voulait pas s’en aller. Fâché que l’on veuille le chasser, il devint de plus en plus rouge, de plus en plus chaud.

« Arrêtez, frères N’a-qu’un-œil, s’écria Papunya. Si vous continuez, nous allons flamber ! »

Toujours pas d’eau tombée du ciel. Rien à planter. Rien à cueillir.

Les gens du clan ne pensaient plus qu’à ça. Souvent, ils s’approchaient du fils de Kuyu-ma et de Papunya : « Bonjour, Petite Pluie. Petite Pluie, ça va ? Où vas-tu, Petite Pluie ? Petite Pluie, que dis-tu ? Petite Pluie, es-tu là ? » Répéter son nom leur donnait un peu d’espoir. Petite Pluie l’avait compris. Il insista auprès de son papa. Ne pourrait-il pas trouver par magie le secret qui fait tomber la pluie ?

« J’ai peut-être un moyen ! dit Papunya. Va chercher les gens du clan ! »

« Mes amis, puisque nous ne parvenons pas à chasser le soleil brûlant, nous allons plutôt appeler en douceur les hommes-nuages. Que tous ceux qui savent jouer de belles musiques aillent chercher leur instrument. Que tous ceux qui chantent bien nous rejoignent ! Les hommes-nuages ne viennent jusqu’à nous que si tout est beau et doux. »

Jamais on n’entendit une musique aussi pure et des chants aussi envoûtants. Soudain, au loin, dans le ciel, de grandes formes blanches apparurent…

« Les hommes-nuages ! Les hommes-nuages ! Ils arrivent ! »
La musique leur plaisait tant qu’ils dansaient dans le ciel, tête en haut, tête en bas.

Ils s’amusaient tellement qu’ils ne pensaient pas à pleuvoir.

« Hé ! Ne partez pas ! Aidez-nous ! » crièrent les gens du clan.

Trop tard ! Les hommes-nuages étaient déjà loin et faisaient des signes, comme pour dire au revoir.

Les gens du clan étaient désespérés. Ils n’avaient plus d’idée. « Ils ne nous reste plus qu’à attendre de nous changer en cailloux secs », dirent-ils.

Des hommes en colère envoyaient des boomerangs loin vers le ciel.

Rien ne pouvait monter assez haut pour toucher le soleil. Beaucoup de femmes voulaient pleurer pour récolter leurs larmes. Mais ce jour-là, même les larmes ne venaient pas.

Petite Pluie, lui, n’était pas découragé.

« C’est peut-être moi le petit sorcier de la pluie, se dit-il en montant sur le dos de l’émeu. Si l’eau ne tombe pas du ciel, nous la trouverons sous la terre. Partons, mon ami. Allons chercher un puits… »

Ils s’en allèrent dans le grand bush. En chemin, Petite Pluie croisa des animaux qui partaient ailleurs. Il vit un kangourou bondissant, un ornithorynque rampant et même une tortue qui avançait plus vite que d’habitude.

« Karadji ! Karadji ! Dépêchons-nous, l’émeu, il faut trouver de l’eau ! »
C’est alors que Petite Pluie vit au loin un cercle qui ressemblait à un puits.

Mais au moment où il s’approcha, Petite Pluie comprit qu’il n’y avait pas de puits, mais seulement un très long serpent qui dormait en rond.

« Je suis le fameux serpent Arc-en-ciel. Admire-moi si tu veux ! »

« Menteur, tu n’as que deux couleurs. Tu es bleu-comme-le-ciel-qui-s’ennuie et rouge-comme-le-sang-de-la-fourmi. En plus, tu es couvert de taches ! »

« Je vais te dévorer, siffla le serpent furieux. Quand je t’aurai mangé, tu renaîtras ailleurs, en garçon plus poli. »

À ces mots, le serpent montra ses crocs et fonça sur Petite Pluie.

Petite Pluie ramassa aussitôt un bâton. Quand la bête ouvrit sa large gueule, le garçon y enfonça le bout de bois. Le serpent ne put que l’avaler. Il tomba dans la poussière, tout raide. Il essaya de glisser sur le sable, comme le font tous les animaux de sa race, mais il n’y arriva pas.

« Digère ce repas, Serpent-à-l’appetit-plus-grand-que-l’esprit. Ce bâton t’aidera à devenir quelqu’un de droit. »

Derrière eux, l’émeu riait si fort qu’il faillit s’étrangler.

Petite Pluie voyagea encore un moment. Il comprit qu’il ne trouverait pas de puits. Alors, une autre idée germa dans sa tête. Il réduisit des petites pierres blanches en poussière et y ajouta un peu de salive. Pas beaucoup, car il avait la gorge déjà fort sèche. Puis, avec les doigts, il se peignit sur tout le corps des gouttes de pluie.

« Je vais me montrer au ciel tout entier. Il verra ces gouttes sur moi. Elles sont si belles qu’il en sera jaloux. Il voudra les mêmes et il pleuvra. »

« Hé, l’émeu, mon ami, emmène-moi où il n’y a pas d’arbres ! »
Debout sur l’animal, Petite Pluie se montra au ciel. Les belles gouttes blanches brillaient au soleil comme de l’argent. Le ciel commençait-il à être vraiment jaloux ? Voulait-il imiter Petite Pluie ? Le voilà qui devint sombre tout à coup.

« J’ai senti une goutte, une vraie goutte d’eau ! » s’écria le garçon.

Il avait raison. La pluie se mit à tomber autour de lui, de plus en plus fort.

« Dépêchons-nous, mon ami. Il faut la ramener chez nous ! »
Les gens du clan ne furent jamais aussi surpris. Le fils de Kuyu-ma et de Papunya arrivait, entouré d’un grand nuage qui pleuvait.

Karadji ! Karadji ! Maman ! Papa ! Regardez : c’est moi. Je suis le petit sorcier de la pluie ! »
image

1 J'aime

Merci de ce joli conte, très d’actualité avec la sécheresse!

:grinning: j’avais même pas fait le lien … :stuck_out_tongue_winking_eye:
Cette une des histoires que je conte aux enfants sur mes ateliers didgeridoo.
Merci à Carl Norac et Anne-CAtherine De Boel pour son écriture et son illustration

1 J'aime

Ce sont des enfants qui ont bien de la chance.
Bonne soirée.

Merci pour ce nouveau conte bien sympathique :slight_smile:

Avec plaisirs AAVA, il y en aura d’autres :slightly_smiling_face:

Nouveau jour, nouveau conte !!
Bonne lecture à toi la communauté :wink:

LA CRÉATION DU MONDE:

Cette histoire remonte à une période très ancienne que les Aborigènes appellent le Temps du Rêve. À cette époque, le monde existait déjà mais il n’avait pas la forme que nous lui connaissons aujourd’hui, la Terre était déserte, silencieuse et recouverte par les glaces.

Quant au ciel, il était d’une profonde noirceur et n’avait aucune étoile. Puis, un jour, le Grand Esprit Créateur décida de réveiller ce monde. Qui est le Grand Esprit ? Personne ne l’a jamais vu, mais ses pouvoirs sont grands. Il contrôle les cieux et les vents.Certains l’appellent Bunjil, d’autres Nurunderi, Wand-jina, Baïami ou Kurunpa.

Peu importe son nom. Il faut juste savoir que ses pouvoirs sur les êtres et les éléments sont immense. Se Grand Esprit Créateur avait décidé de retirer au monde sa couverture de glace. Mais pour faire cela, il avait besoin d’aide. Il s’adressa donc à Yhi, la déesse du Soleil, qui dormait sur la Terre. Le Grand Esprit Créateur lui murmura : réveille-toi. Yhi sortit de sa torpeur. Qu’y a-t-il, Grand Esprit Créateur?

Que puis-je faire pour toi?
« Je veux que tu sortes de ta maison et que tu te promènes sur la Terre. Arpente les landes glacées, les montagnes nues, les eaux gelées et réchauffe les de tes rayons solaires ».

Yhi obéit tout de suite. Elle quitta son abri et entreprit de parcourir le monde. Et là, ô miracle, chaque pas de la déesse fit naître une herbe verte, des bosquets, des arbres et des fleurs. Elle marcha, marcha et marcha encore jusqu’à ce que ses pas aient couvert chaque parcelle de la Terre, et que le sol stérile soit devenu plaines verdoyantes, forêts luxuriantes, clairières lumineuses, champs fertiles…

Du haut des cieux, le Grand Esprit Créateur suivait le chemin de Yhi, d’un œil satisfait. Mais le travail n’était pas encore fini.—Ce monde manque de vie, dit-il à la déesse du Soleil. Pars explorer les cavernes et illumine-les de ta présence. Yhi se remit en route. Elle arriva devant une caverne et y entra. L’endroit était sombre et silencieux. La déesse avança lentement dans le noir le plus complet.

Mais, peu à peu, des cristaux de glace et des opales commencèrent à renvoyer de minuscules faisceaux de lumière aux reflets irisés. Soudain, des milliers d’insectes se mirent à voler, à ramper, à grimper et se regroupèrent tous autour de la radieuse Yhi.
Celle-ci les salua et les conduisit hors de la caverne où le monde qu’elle avait réveillé les attendait. Ils s’éparpillèrent alors à la surface de la Terre. Certains choisirent d’élire domicile dans les arbres, d’autres sur le sol, d’autres encore dans les fleurs.Du haut des cieux, le Grand Esprit Créateur contempla l’œuvre de Yhi, satisfait. Mais le travail n’était pas encore fini. Il s’adressa une nouvelle fois à la déesse et lui dit « Va dans les montagnes et occupe-toi de leurs grottes gelées ».

Yhi reprit son chemin. Elle gravit une première montagne et pénétra dans une grotte obscure remplie de stalactites et de stalagmites. Le sol était verglacé,ce qui rendait sa progression très hasardeuse. Cela ne la découragea pas pour autant, et sa chaude luminosité vint rapidement à bout de la froideur des lieux.Les stalactites et les stalagmites fondirent, se trans-formant en de minces filets d’eau. Au sol, de petites flaques avaient remplacé le verglas.

Yhi continua d’avancer et trouva un lac où l’eau était toujours glacée. Elle y plongea la tête la première. Poissons, serpents et batraciens, jusque-là paralysés par le froid, se mirent à bouger enfin librement. Tous vinrent à la rencontre de Yhi et la saluèrent.La déesse dessina alors sur le sol un chemin pour que l’eau puisse se déverser vers le monde extérieur. Elle guida ensuite hors de la grotte les serpents et les batraciens qui, comme l’avaient fait les insectes, partirent trouver refuge sous un rocher, près d’un arbre ou dans le sol.Puis, Yhi traça du bout de son doigt ici un lac, là un ruisseau, ou encore un fleuve qui poursuivit sa course jusqu’à la mer. Les poissons y vécurent heureux, certains choisissant de rester dans les rivières ou les billabongs, d’autres préférant l’espace de l’océan.

3 J'aimes